Comité des Sans-Papiers de
Lille, 23 mai 2007, place de la République.
J'imagine une société colorée, multiculturelle et multiethnique, faites de mélanges, qui accepte ses faiblesses et assume sa diversité, qui vit de ses échanges, de son brassage de langues, de la
multiplicité de ses expériences de vie. Cette société ouvre ses portes et permet à tous de vivre ou bon leur semble, cette société ne conçoit pas la cohabitation des cultures comme un vecteur de
compétition ou de concurrence, mais comme une perpétuelle source d'enrichissement et de renouvellement des espaces de vie. Chacun y participe de sa vision du monde et de ses goûts, de ses
affinités et émotions.
Cette société là n'est pas une société instable, mais une société forte, parce qu'elle sait innover, elle sait partager. C'est une société en trois dimensions, une société vivante, une société
ouverte d'esprit !
Si l'on ouvre nos frontières, le monde entier prendra des couleurs...
Mais il y a cette peur, sortie du fond des âges, cette peur de ce qui vient d'ailleurs, cette peur immémorielle de perdre son terrain de chasse, de voir l'homme d'une autre tribu s'installer près
de notre territoire et y cultiver ses fruits dans ce sol que l'on croyait posséder, cette peur de perdre le fruit de notre travail, cette peur de l'invasion, ce mythe de l'homme barbare venu
d'ailleurs.
"Barbare", c'est un mot inventé par les grecs de l'antiquité pour désigner des peuples aux langues inconnues, celles des groupes ethniques en marge de leur empire, de leur citadelle
innaccessible. Aujourd'hui, nous autres européens nous comportons encore comme nos anciens grecs ou romains, nous craignons les huns, les pétchenègues, les goths et autres vandales. Nous vivons
dans la mythologie, sans regarder plus loin, sans prendre conscience que notre civilisation fut construite par ces envahisseurs qu'on croyait sanguinaires et mauvais. Nous sommes nous-mêmes
descendants de ces guerriers celtes venus d'orient pour s'installer sur les terres européennes, de ces lombards, skandinaves, avares, slaves et autres bulgares. Et qu'en est-il aujourd'hui ?
Notre passé est d'une richesse incroyable, nos influences artistiques viennent du monde entier.
Je me sens plus proches des ces peuples "barbares" que des impérialistes romains qui pratiquaient l'exclusion au sein de leur propre société, dominés qu'ils étaient par la soif de l'or, et de
surcroi exclavagistes et sexistes (cf. le statut des populares et des femmes). Durant des siècles, Rome a dominé l'Europe et lui a donné des principes eugénistes (civilisation supérieure) et
élitistes (système de castes avec les classes censitaires, qui ont persisté jusqu'à aujourd'hui, avec le féodalisme puis le clientélisme), puis s'est décomposé, rongé par les ambitions de ses
gouverneurs militaires (qui ne rêvaient que d'étendre l'Empire et de coloniser pour l'enrichir) et les rivalités religieuses (non pas entre chrétiens et musulmans, mais entre les chrétiens de
Rome et les chrétiens de Byzance, puis entre catholiques et protestants, entre ultramontains et nationaux !). Il y a longtemps que cette civilisation qu'on croyait supérieure a cessé d'être
glorieuse, depuis le jour où elle a eu la folie de coloniser le reste du Monde...
Alors quand on vient me parler des guerres de civilisations, du risque qu'on encourt à "accueillir toute la misère du monde", de la concurrence et des lois inéluctables du Marché, j'ai envie de
pleurer de rire : après avoir pillé le monde entier pendant 15 siècles, nous osons nous plaindre que ceux qu'on a spolié veulent profiter ne serait-ce qu'un peu de cette sordide richesse qu'on a
accumulé sur leur dos ? Avons nous le culot de prétendre que l'islam est un danger pour les droits de l'homme après avoir massacré plus d'êtres humains chez nous que les musulmans n'en ont jamais
tué sur l'ensemble du globe ? Sommes nous en train de dire que nous avons pour devoir d'apporter la démocratie dans le reste du monde alors que nous avons passés des siècles à coloniser et à
installer où nous en avions besoin des potentats, des dictateurs et autres tyrans ?
Oserons nous nous mentir encore longtemps et mépriser le reste du monde comme si le danger venait de lui ?
On nous prétend que l'immigration est un problème, qu'elle tirerait notre économie vers le bas et provoquerait le chômage de masse. On nous dis qu'en France l'immigration est trop forte, alors
que son
solde migratoire est stable depuis 25 ans. L'immigration y représente
20% de l'accroissement naturel, l'un des taux les plus bas en Europe, derrière les pays que nous
prenons comme exemple de réussite économique et sociale : 107% pour la Suède, 70 % pour le Royaume-Uni, 63% pour le Danemark, 44% pour la Finlande, 39% pour la Norvège (chiffres INED)... Alors
l'immigration est-elle vraiment un obstacle à l'emploi et à leur "croissance" ? NON. Et c'est sans tenir compte du fait que seuls
20 à 40% des habitants des pays du Sud rêvent d'émigrer
et seulement 5% vont au bout des démarches pour le faire (enquête Nidi pour Eurostat).
L'argument du chômage est un faux argument, car en vérité l'économie libérale a besoin de lui, il lui permet d'équilibrer la balance des marchés de l'emploi ! C'est le libéralisme économique le
problème, pas l'immigration...

A lire
!
"Il faut reconnaître tout
être humain, sans chercher à
savoir s'il est blanc,
noir, basané ou rouge ; lorsque
l'on envisage l'humanité
comme une seule famille, il
ne peut être question d'intégration ni de mariage inter-racial."
MALCOLM X (1925 - 1965)
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